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Les Inrockuptibles - n°369 - Décembre 2002
TOULOUSE / REYKJAVIK, BALLE AU CENTRE Il est environ 17h à Toulouse
et même les murs les plus roses de la ville semblent gris transparent.
J'ai la voix en mille morceaux et même lorsque je chuchote,
j'ai l'impression de crier, j'ai une semaine de repos avant les festivals
d'été et je compte bien tailler la route, l'aiguiser
même. L'équipe de France vient de perdre contre le Sénégal
et je ne vais pas rester planté en attendant qu'elle retrouve
ses formules magiques, il va me falloir chercher ailleurs. Dans les
vagues, je me suis dit, quelques déferlantes à travers
la gueule, du silence et du vacarme de mousse, que ça devrait
soigner ma mélancolie footbalistique, ma mélancolie
tout court et recoller les morceaux de ma voix qui me sont restés
plantés dans la gorge. Il est 1h du matin à Reykjavik,
il fait jour comme en plein jour et les champs de lave sont là,
sur plusieurs couches, comme des arpents de lune égarés,
ça sent l'iode et ça parle anglais et islandais en roulant
les " rrrrl " dans tous les sens. Sur le bord de la route
qui nous mène au " centre -ville ", on devine les
premiers volcans, leurs ombres tordues, volcans vivants, morts ou
endormis fumant, respirant presque. Déjà, je me sentais
palpiter à l'idée de passer un peu de temps au contact
de toutes ces choses vibrantes, ces sources d'eau chaude turquoise,
ces geysers, ces glaciers, je me sentais attiré comme lorsqu'on
marche à côté d'une fille à laquelle on
rêve depuis longtemps et que ça y est, ça va être
le moment de l'embrasser. Tous ces frémissements délicieux
à l'égard de ce pays se sont transformés en coup
de foudre quand nous avons rencontré les Islandais. Le plus terriblement charmant du
truc venait de son côté " normal ", juste un
médecin en fin de carrière qui pétillait encore
à l'idée de faire le guide pour les petits étrangers
curieux. C'était incroyablement réconfortant de trouver
des gens fiers de leur terre-mer-glace jusqu'au dernier flocon, sans
nationalisme mal placé, juste accueillants. Tout au long de
ce petit périple islandais, cette vivacité et cette
chaleur humaine ont alimenté notre quotidien. Dans le domaine
artistique - musique, design, mode - comme lors de simples rencontres
- pêcheurs de baleines, vieux couples en balade dominicale -,
il se dégageait toujours cette impression de simplicité.
De l'humain brut, pas de snobisme, et de l'humour en plus ! Ils disent
que c'est facile d'avoir de l'humour en Islande parce qu'ils doivent
se remettre en question tous les jours
" Demain l'île
peut couler, se fendre ou brûler par en dessous
Alors
autant prendre le quotidien avec légèreté. " Par Mathias Malzieu |