Groupe |
Concerts |
Chansons |
Multimédia |
Communiquer |
Les Inrockuptibles
- n°390 - Mai 2003
FAME ACADEMY
Etape insolite, fin mars, dans la tournée acoustique des Dionysos : sur scène comme en classe, le groupe pop-rock valencien a vécu deux jours de complicité féconde avec les élèves du lycée franco-allemand de Fribourg. 19 mars 2003. Les Dionysos, pris dans une tournée acoustique depuis déjà plus d'un mois, font escale à Fribourg sous un soleil béni des dieux. Paradis des vélos et des panneaux solaires, la ville la plus écolo d'Allemagne est située en plein cur de la légendaire Forêt-Noire. Il est environ 15 heures quand le camion jaune du groupe se gare devant la Jazzhaus, " le " club de jazz de la ville. Les six musiciens et leurs techniciens descendent et entreprennent d'installer la scène, fissa. Car le concert de ce soir n'est pas vraiment une date comme les autres. D'abord, les Dionysos jouent en Allemagne, où ils sont quasiment inconnus. Mais surtout, le lever de rideau est assuré par un groupe qui donne sa première prestation : une quinzaine d'adolescents, tous élèves au lycée franco-allemand de la ville, vont chanter, danser et proposer leur version des chansons de Dionysos, parfois traduites en allemand. L'initiative, originale, est due à un jeune et fringant professeur de français du lycée. Ludovic Gourvennec (oui, le frère du footballeur Jocelyn) n'en est pas à son coup d'essai : Miossec, Zebda, Les Ogres de Barback et Louise Attaque sont déjà venus, à son invitation, rencontrer des classes de lycéens. Cette année, le projet, qui s'étale sur deux jours, a été peaufiné : interview du groupe par les élèves mais aussi concert, activités pédagogiques variées et vernissage au contre culturel de la ville. Quelques heures plus
tard, la foule commence à s'agglutiner aux abords du club.
Des parents d'élèves, des familles : pas exactement
le public habituel de Dionysos. Mathias, le chanteur du groupe,
s'est évadé une petite demi-heure tandis qu'Eric,
le batteur, part à la recherche d'un hypothétique
stade de foot : incollable sur tous les albums Panini des vingt
dernières années, il passe le plus clair de son temps
libre à réaliser des maquettes de stades en allumettes
10 h 30, le lendemain
matin. Situé non loin du centre-ville, le lycée franco-allemand
de Fribourg compte environ huit cents élèves. Presque
tous participent à l'un des nombreux ateliers artistiques
mis à leur disposition : peinture, performance, photo, théâtre,
big band, orchestre philharmonique, groupe de jazz
Ce matin-là,
en pénétrant dans le hall, on est saisi par l'impression
d'avoir été téléporté dans un
épisode de Fame : les lycéens du groupe de
la veille, réunis autour des Dionysos, jouent de la guitare
et chantent pendant que d'autres accrochent leurs peintures au mur. 14 heures, reprise des
activités. La trentaine d'élèves se répartit
sur les trois ateliers. Animés par des membres de Dionysos,
tous tournent autour de la chanson Coccinelle : réécriture
des paroles en version franco-allemande avec Mathias, recherche
de nouveaux arrangements acoustiques avec Babette et variation autour
de la rythmique avec Eric. En fin d'après-midi, les différents
ateliers mettront en commun leurs travaux et proposeront une autre
version de la chanson. Vraie bonne idée et master-class
de rêve qui permet aux élèves, pendant quelques
heures, d'aborder une chanson de l'intérieur. Une manière
de mieux comprendre ce qui fait la réussite, mais aussi la
difficulté : composition, justesse de la mélodie,
alchimie entre paroles et musique
Mathias, en racontant la
genèse de la chanson, de son point de départ (l'observation
anodine d'une coccinelle morte) au résultat final, parvient
ainsi à faire comprendre très concrètement
comment il procède et d'où lui viennent les idées,
consignées dans de petits cahiers qu'il porte toujours sur
lui. Quand tous se réunissent pour interpréter la
version finale, la satisfaction est visible de part et d'autre.
" C'est génial, ce qu'ils sont parvenus à
faire, s'exclame Mathias, enthousiaste. Je me laisse prendre
à tous les coups par le refrain de Coccinelle rappé
en Allemand, j'adore. Et puis un tel niveau d'implication, c'est
assez troublant : ça va au-delà du côté
fan. Ils s'approprient vraiment notre chanson, la jouent à
leur manière, c'est très touchant. " Par Géraldine Sarratia |