Kaolin / Dionysos
: De bric et de rock
" De retour dans nos criques
", magnifique deuxième album des Montluçonnais
de Kaolin, a confirmé tout le bien que l'on pouvait en penser.
Enfermé il y a un mois dans un studio parisien, le groupe se
sentait un peu seul pour enregistrer son second single. D'où
la bonne idée d'embarquer deux Dionysos qui passaient par là
pour trois jours de marathon musical.
De prime abord, l'association de l'univers
vitaminé de Dionysos et du rock émotif de Kaolin pouvait
surprendre. Mais après cinq heures passées à
les regarder travailler ensemble, le doute n'est plus permis. Appliqués
et attentifs, Babet et Mathias se prêtent au jeu du " featuring
" avec un plaisir évident. Le temps pour nous de comprendre
l'histoire d'un coup de foudre.
Kaolin vient de sortir un album,
Dionysos deux lives et un DVD
Vous ne vous arrêtez jamais
?
Mathias (Dionysos) : Ben tu vois, la preuve (rires)
! Non, c'est vrai qu'on s'arrête pas souvent. Tu sais, les chansons
qui sortent sur album ont déjà un petit vécu
d'au moins une année. Résultat, quand le disque paraît,
tu te retrouves souvent dans un autre état d'esprit et même
si tu n'es pas en train de les enregistrer, tu penses déjà
à de nouvelles choses. C'est un peu un cycle sans fin !
Guillaume (Kaolin) : Nous, on est dans le deuxième album,
on le défend sur scène en ce moment, on fait des chansons,
on retourne en studio. On avance tout droit et il y a en effet plein
de projets qui nous sont tombés dessus il n'y a pas si longtemps
que ça
Donc c'est vrai qu'on a vraiment plein de trucs
à faire et c'est très excitant.
Mathias : C'est un peu comme quelqu'un qui fait du footing
Quand tu t'arrêtes, tu as les muscles ankylosés. Du coup,
il faut s'entraîner : chacun de son côté, bêtement
avec son instrument, mais aussi ensemble à partager. On se
comprend de plus en plus, on se mélange et il y a des choses
qui se passent et des possibilités qui se créent.
Justement, comment vous êtes-vous
rencontrés ?
Julien (Kaolin) : On s'est connu dans une école de management
en décembre dernier, avant Noël.
Mathias : En fait, on avait un petit cours de formation pour
être un peu moins largués quand il y a certaines décisions
à prendre au sein du groupe. On s'est donc retrouvés
là-bas et au final on n'a pas beaucoup dormi (tous morts
de rire
).
C'est plutôt une rencontre
de l'amitié qu'une rencontre de la musique finalement ?
Julien : Au début, on n'a même pas du tout fait de
musique !
Mathias : Ce qui est super amusant, c'est que tu te retrouves
à nouveau dans un contexte de classe à trente ans avec
un mec qui donne un cours magistral et tu dois prendre des notes
Assez vite, tu as les bons vieux réflexes qui repoussent, les
conneries qui reviennent et toutes les personnalités réapparaissent
: celui qui lève tout le temps le doigt, ceux qui prennent
plein de notes, celui qui pose des questions cons, ceux qui dorment
Heureusement, il n'y avait pas de fayot chez nous et c'est sans doute
pour ça qu'on s'est bien entendus (rires) !
Julien : C'était plutôt à qui allait faire
marrer le plus de monde possible
Comment est née l'idée
de cette collaboration ?
Mathias : On connaît bien la personne qui s'occupe des Kaolin,
celui qui les a signés. On avait fait ensemble le projet de
reprise de Léo Ferré et on avait bien sympathisé
au-delà même de la simple musique. Cette personne m'avait
donc envoyé le premier album de Kaolin, que j'avais beaucoup
apprécié. Ensuite, on les a vus en concert, suivi d'une
très bonne soirée où on s'était tous bien
amusés. C'est là qu'ils nous ont proposé cette
idée de single.
Pourquoi avoir choisi " C'est
la vie " ?
Guillaume : Le choix d'une chanson pour faire un single, c'est
toujours très compliqué. Mais ce morceau paraissait
évident en fait.
Ludwig (Kaolin) : C'est une chanson qui apporte quelques minutes
de soleil sur cet album, surtout par rapport aux titres qui sont bien
souvent plus sombres. Les ambiances sont un peu plus pop, le texte
et les paroles aussi, donc tout se prêtait plutôt bien
à des ouvertures, à des collaborations. C'est un titre
souple et maniable, qui ne demandait qu'à évoluer en
fait.
Guillaume : Et c'est là qu'on s'est dit qu'un duo, ça
serait vraiment une bonne idée. Nous avons ensuite cherché
un peu autour de nous et nos regards se sont tous portés sur
Dionysos. Avec eux, on sentait qu'il pouvait se passer quelque chose
d'intéressant.
Comment avez-vous recréé
le morceau, alors ?
Mathias : Avec Babet, on s'est dit avant toute chose que c'était
leur morceau, un morceau de Kaolin. Alors évidemment, travailler
dessus, c'est très bien, ça nous apporte du changement,
mais on avait envie d'être à leur service en fait, ce
qui est très agréable aussi ! C'est génial de
faire ses trucs à soi mais on apprécie beaucoup d'essayer
de se rendre utile. Excuse-moi la métaphore footballistique,
mais si c'est bien de marquer des buts, c'est encore mieux de faire
des passes ou un beau centre (rires) ! Ça laisse la
place à beaucoup de tentatives : d'abord, j'ai amené
mon ukulélé, ensuite on a eu envie de violon. C'est
comme un arbre : tu peux rester sur le tronc ou emprunter des branches.
Eh bien, c'est ce qu'on a fait et on en a pris de plus en plus, on
a même commencé à être un peu paumés,
mais c'est là qu'il peut se passer de vraies surprises, de
la beauté
Un échange, ce qui était le but
du jeu à la base
Vous aviez une idée précise
de ce que vous vouliez faire avant d'entrer en studio ?
Guillaume : Pas vraiment, on n'avait pas mûri de projet
particulier, mais il restait la notion d'un texte qui pouvait se partager,
avec des questions-réponses, une espèce de ping-pong.
C'était ça l'idée globale .
Julien : De toute façon, tu ne peux pas agir de cette
manière, dire aux gens avec qui tu bosses : demain, on va enregistrer
de telle façon.
Babet : D'un autre côté, ça aurait pu se
passer comme ça
Moi, je n'avais pas fait ce stage de
management, je les ai donc tous découverts il y a quelques
jours seulement. Je ne pense pas qu'il y ait de recette. Il y a juste
des éléments et des personnalités qui viennent
se mettre les uns à la suite des autres
Moi, je n'avais
aucune idée de ce que j'allais faire. Eux en avaient un peu
plus, sans être très précis, Mathias avait vaguement
cherché les accords au ukulélé mais c'est à
peu près tout. Ce qui est super agréable, c'est que
ça s'est fait de façon très naturelle. Il n'y
a pas eu de braquage.
Mathias : C'est de la confiance, en fait. Même si one
ne fait pas la même chose ni la même musique, on s'ouvre
aux autres et c'est pour ça que tout va vite. Pour moi, c'est
une perte de temps de se méfier.
Etait-ce un défi pour vous
cette collaboration ?
Guillaume : Forcément, tu ne sais jamais à quoi
tout ça va aboutir.
Mathias : La manière dont Kaolin nous l'a proposé,
ça n'était pas très calculé. Notre idée,
c'était de voir ce qui pouvait se passer et d'expérimenter.
Guillaume : En studio, on ne veut absolument pas imposer quoi
que ce soit. On discute donc beaucoup, on essaye différents
trucs, différentes combinaisons d'instruments et on voit le
résultat. Rien ne doit barrer la route à ce qui pourrait
arriver d'imprévu.
Mathias : Résultat, il nous aurait fallu une semaine
d'enregistrement au lieu des trois jours qu'on a prévu !
On ne peut pas dire à première
vue que vos deux univers soient proches, comment avez-vous concilié
ça ?
Mathias : Je ne suis pas complètement d'accord. Il y a
deux univers certes, mais surtout deux sensibilités qui se
rejoignent. Je pense que Kaolin et Dionysos ont dû écouter
les mêmes disques. On a à mon avis une vibration similaire,
une approche qui n'est pas si éloignée. Après,
chacun a sa propre matière et sa façon de faire. Un
peu comme quand tu mets des photos dans un bain révélateur,
ça ressort différemment selon les couleurs choisies.
Mais dans la façon de travailler et d'envisager les choses,
je trouve qu'on est assez proches en fait.
Un point commun en tout cas, c'est
l'énergie dégagée en live. On connaît la
différence entre la scène et le studio ; pour vos deux
groupes, c'est quelque chose dont vous êtres conscients ?
Mathias : En ce qui me concerne, ça me paraît juste
logique. Je trouve plutôt inquiétant des gens qui sonnent
en live exactement comme sur leur album. Ça veut pas dire pour
autant que le disque est plus calme : les morceaux sont les mêmes
mais sur scène, tu as l'adrénaline qui te saute à
la gorge. C'est un instant très spécial. Alors que l'album,
c'est du définitif, ça ne se travaille pas de la même
manière.
Julien : A la différence d'un album qui est quelque
chose de figé, le live, c'est différent à chaque
fois.
Mathias : Moi j'adore quand je suis surpris, ça ne veut
pas dire que tous les arrangements doivent varier, mais tu dois sentir
que tout ça n'existe que pile au moment du concert. Sur notre
dernier album, il y avait cette envie de retrouver l'urgence de la
scène. Il y a des groupes à qui ça va d'être
bien propres sur ordinateur. Nous, on est meilleurs quand on joue
pour de vrai.
Julien : On parlait de rapprochement, c'en est un justement.
Avec Kaolin, on fait exactement la même chose : sur le premier
album, tout était hyper produit, hyper léché
C'était une première, un peu Disneyland, on a voulu
tout essayer. Pour celui-ci, avant même de choisir le studio
ou le matériel, on savait qu'on voulait tous enregistrer ensemble,
dans une seule pièce, avec l'esprit live.
On peut vous trouver encore d'autres
points communs, notamment d'avoir travaillé avec les producteurs
de vos rêves, Steve Albini pour Dionysos et Dave Fridmann pour
Kaolin
J'imagine que ça doit changer quelque chose quand
vous vous trouvez en studio comme aujourd'hui ?
Mathias : C'est de l'expérience
Maintenant, je pense
que tout est à recommencer ç chaque fois et que tu repars
tout le temps de zéro. J'ai adoré travailler avec Albini
et c'est certain que ça me sert aujourd'hui. On est plus carré
mai surtout je dirais qu'on est plus proches de nous-mêmes.
C'est là qu'Albini est génial, ce n'est pas le genre
de producteur à diriger ta musique. Il se considère
plus comme le médium te permettant d'arriver à ce que
tu veux. Du coup, c'est très casse-gueule et risqué
parce que ce qui ne sonne pas chez toi, il ne va pas chercher à
l'enjoliver. Il te le fait sortir le plus brut possible, sans snobisme,
sans essayer de faire crade. Mais ça te ressemble. Je pense
que c'est une manière d'avancer, d'être meilleur.
Julien : Ça s'est un peu passé de la même
manière avec Dave Fridmann. On lui avait même envoyé
nos textes traduits avant de le voir.
Guillaume : C'est là où il a été
fort. On lui a amené l'album, notre production, ce qu'on voulait
être et entendre. Et il n'a pas du tout cherché à
faire Dave Fridmann. C'est quelqu'un qui a une patte personnelle,
quelque chose que j'aime bien sur les albums qu'il a déjà
produits. Mais là, au contraire, il a complètement mis
cet esprit de côté et s'est concentré sur le son
qu'on désirait.
A l'avenir, peut-on envisager de
nouvelles choses ensemble ?
Mathias : On n'en sait rien pour l'instant, mais il est fort probable
qu'on se retrouve sur scène ensemble et que l'on fasse autre
chose. Tout reste ouvert. A partir du moment où tu as gagné
une certaine confiance, tout est possible. C'est une chance et on
va essayer d'en profiter.
Jean-Thomas Bablet
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